Auréolé de son succès chez
Nissan, le constructeur japonais qu'il a sorti du gouffre, voici
Carlos Ghosn appelé à la rescousse chez General
Motors. C'est ainsi que Renault-Nissan pourrait élargir
son alliance à l'américain, premier constructeur
automobile mondial. Un véritable coup de tonnerre, alors
que le temps des fusions semblait révolu dans le secteur.
L'hypothèse de cette opération transatlantique a
provoqué une envolée du titre GM à Wall Street,
qui a gagné 8,6 % à la clôture me 30 juin.
Le titre Renault, lui, avait pris 1,6 % à Paris.
C'est Kirk Kerkorian, premier actionnaire individuel de GM, à
travers sa société Tracinda, avec 9,9 % du capital,
qui joue les entremetteurs de ce possible mariage à trois.
Dans un courrier au patron de General Motors, Rick Wagoner, dont
la copie a été adressée à la SEC -
l'équivalent américain de l'Autorité des
marchés financiers -, le milliardaire américain
demande aux dirigeants et aux administrateurs de la firme d' "
explorer immédiatement et complètement " la
possibilité que Renault et Nissan prennent chacun "
une participation minoritaire significative " du capital.
Un tel regroupement serait source " de synergies et d'économies
substantielles qui profiteraient à l'entreprise et créerait
de la valeur pour les actionnaires ", assure Kirk Kerkorian
dans sa lettre. Avant de préciser : " À notre
connaissance, Renault et Nissan sont réceptifs " à
cette idée. De fait, le siège de Renault à
Boulogne-Billancourt a confirmé que Carlos Ghosn était
prêt à " entamer l'étude de cette opportunité
".
Mais avec une extrême prudence : " Il est indispensable
que le conseil d'administration et la direction de General Motors
apportent leur plein soutien à ce projet. " Le feu
vert des conseils d'administrations de Renault et de Nissan constitue
également un préalable.
L'alliance Renault-Nissan, nouée en 1999 (le Français
détient 44,4 % du Japonais, qui possède lui-même
15 % de Renault), " est une alliance ouverte qui n'a jamais
été limitée à deux partenaires ",
souligne encore Renault.
Mais l'élargir ne pourrait se faire que " dans le
plein esprit de l'alliance qui est fondé sur la confian-ce,
la transparence, la performance et le respect complet des identités
d'entreprise et de marque ". Selon la publication spécialisée
Automotive News, le groupe américain devait se réunir
" d'urgence ".
GM ne vaut plus très cher : sa capitalisation boursière,
15 milliards de dollars, représente la moitié de
celle de Renault et le tiers de celle de Nissan.
Le premier constructeur mondial, qui a perdu 10,6 milliards de
dollars lors de l'exercice 2005, traverse une période très
difficile. Son patron Rick Wagoner a néanmoins réussi
un coup d'éclat en début de semaine en obtenant
35 000 départs volontaires parmi les employés syndiqués,
ce qui lui permet de gagner deux ans sur le plan de redressement
mis en uvre pour sauver le premier constructeur mondial.
Lors de la dernière assemblée générale
de Renault, début mai, Carlos Ghosn avait expliqué
que la période difficile que traverse l'industriel automobile
constitue une occasion de procéder à des acquisitions
ou de nouer des partenariats bon marché. " Kerkorian
n'aurait pas écrit cette lettre si Renault et Nissan n'avaient
pas passé un bon moment à y penser ", estime
John Casesa, un analyste américain cité par Bloomberg.
" Cette éventuelle opération rappelle celle
que Carlos Ghosn a réussie chez Nissan voici sept ans,
explique Gaëtan Toulemonde, analyste automobile à
la Deutschbank. On retrouve là aussi un constructeur en
difficulté, qui a sans doute besoin d'argent frais. "
Si dans son bureau de Boulogne-Billancourt, Carlos Ghosn possède
une horloge qui indique les fuseaux horaires des États-Unis,
du Japon et de la France, il ne pensait certainement pas qu'un
jour, il disposerait peut-être d'un bureau au Renaissance
Center de Detroit.
Olivier AUGUSTE