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Un pas en avant, deux pas en arrière,
un nouveau pas avant... et beaucoup de bruit pour pas grand-chose.
Car que reste-t-il des hésitations françaises sur
la scène internationale ? Une image un peu ternie à
l'étranger, où les journaux anglo-saxons rivalisent
de formules pour dénoncer « l'amateurisme »,
« l'inconséquence » ou la « légèreté
» de la diplomatie française.
Que reproche-t-on à Paris ? D'avoir mené une charge
diplomatique pour la paix au Liban sans assumer, ensuite, ses
responsabilités militaires. D'avoir fait miroiter l'envoi
d'un important contingent pour imposer ses vues à New York.
Ou, plus généralement, comme l'écrivait le
New York Times, d'avoir « insisté pendant des années
pour être traité comme une superpuissance »
pour se défiler « au moment de prendre ses responsabilités
».
La légitimité des exigences de Paris, qui refuse
d'envoyer ses soldats au casse-pipe sans garanties concernant
la nature de la mission et les règles d'engagement, n'avait
pas permis jusque-là de lever le malaise qui planait sur
la politique étrangère française depuis l'été.
Après avoir joué un rôle important pour imposer
un cessez-le-feu, participé à la rédaction
de la résolution 1701 qu'elle a d'ailleurs rapportée
à Paris comme un trophée diplomatique et
laissé entendre qu'elle prendrait la tête de la force
internationale renforcée, la France a brusquement reculé
et limité sa contribution, dans un premier temps, à
l'envoi symbolique de 200 hommes. Que s'est-il passé ?
« Voyant que la diplomatie était en perte de vitesse,
Jacques Chirac a saisi l'opportunité libanaise avec un
sens essentiellement tactique, analyse François Géré,
le président de l'Institut français d'analyse stratégique.
Pour lui, il s'agissait de reprendre la main au Proche-Orient.
De faire en sorte que la France redevienne un acteur majeur dans
la région. Et d'améliorer son image. » L'occasion
paraît d'autant plus facile que Jacques Chirac est un familier
du Liban.
L'élan présidentiel a été stoppé
par les réticences et la prudence des militaires, échaudés
par les précédentes missions de l'ONU, notamment
en Bosnie. « Le président est parti bille en tête.
Il a fallu lui expliquer ensuite que ce n'était pas forcément
une bonne idée», raconte un haut fonctionnaire. Les
arguments ne manquaient pas : cadre de la résolution onusienne
trop flou, situation sur place trop confuse, relations entretenues
par la France avec l'Iran et la Syrie trop compliquées...
« Aujourd'hui, estime François Géré,
on joue la montre pour savoir comment la situation va tourner
avec l'Iran. Si les Américains font passer des sanctions
au Conseil de sécurité des Nations unies, cela ne
contribuera pas à la stabilité de la situation au
Proche-Orient. Ce jeu de ricochet explique en partie la prudence
française. La superposition, l'imbrication des crises peuvent
avoir des effets indirects sur le dossier libanais. »
Les tergiversations françaises ont été en
grande partie levées par Jacques Chirac dans son interventino
du 24 août. Reste à savoir si elles auront ou non
des conséquences. Sur la réputation diplomatique
de la France d'abord : elle qui met toujours en avant le rôle
de l'ONU et le multilatéralisme a semblé hésiter
à s'engager dans une ambitieuse mission des Nations unies.
« Le mal est fait, critique l'ancien ministre de la Défense
Paul Quilès. On passe notre temps à affirmer que
la France est une grande puissance et on agit comme une puissance
de second rang. Et encore... »
Au Proche-Orient ensuite. Car aux yeux des détracteurs
de la France, ses hésitations ont mis en danger le fragile
cessez-le-feu au Liban. En donnant l'impression de ne pas croire
au plan de paix qu'elle a elle-même contribué à
imaginer, Paris a pris le risque de paralyser la constitution
de la force de maintien de la paix.
Sur les relations transatlantiques enfin, déjà abîmées
par le conflit en Irak. « On a voulu faire la leçon
aux Américains sur le thème : vous utilisez vos
troupes pour faire la guerre et nous utilisons les nôtres
pour faire la paix. Cela pouvait avoir du sens. Mais on s'est
piégés tout seuls », estime Paul Quilès.
Face au tollé qui accompagne sa reculade, la France était
presque obligée de revoir à la hausse son implication.
Mais entre le Hezbollah, dont le désarmement paraît
improbable, et l'armée israélienne, qui ne tolérera
plus les incursions de la milice chiite, il n'est pas sûr
que cette force aura à gérer la paix.
Isabelle LASSERRE
LE FIGARO ®
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