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GAUCHE
La voix brisée, les larmes aux yeux, l'ancien Premier ministre
a livré samedi, devant les militants socialistes, sa version
du 21 avril 2002
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En tombant l'armure,
Jospin change la donne
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Ce fut un moment d'exception, de ceux où
la politique est submergée par l'émotion. Cet
homme qui avait eu tant de mal à fendre l'armure, d'ordinaire
pudique à l'extrême, tacticien, amateur de raisonnements
tortueux, se livrait avec violence, mettait ses tripes sur la
table, devant tout le monde. Provoquant les larmes de ses amis.
Et aussi comme une gêne d'être convié à
assister à une sorte de psychanalyse en direct.Comme
si, depuis quatre ans, Lionel Jospin se libérait brusquement
d'une montagne de douleur enfouie au plus profond de luimême.
Un moment de vérité brute, qui a certainement
tourné une page, mais dont personne n'était certain
à La Rochelle qu'il puisse lui permettre d'en écrire
d'autres.
Devant les jeunes du MJS, invité à parler du rapport
de la gauche au pouvoir, le professeur Jospin avait commencé
par leur asséner une leçon d'histoire assez ennuyeuse,
lisant son texte sans enthousiasme.
Pendant une heure quarante, il ne se passe rien. Pire : au lieu
de l'autocritique attendue, il livre un plaidoyer pro domo,
défendant bec et ongles le bilan de ses cinq ans à
Matignon, qui doit constituer, va- t- il même jusqu'à
affirmer, " un socle sur lequel s'appuyer " pour l'avenir
car " si la partie s'est mal terminée (en 2002),
cela ne signifie pas nécessairement que pendant cinq
ans nous l'avons mal menée ".
Puis vint le débat. Les proches de Jospin eux- mêmes
avaient conseillé aux jeunes de lui poser les questions
qui fâchent pour qu'il puisse enfin s'expliquer sur le
21 avril, sa défaite, son départ, son retour.
Jospin concède tout de même des " regrets
" : les 35 heures à l'hôpital, n'avoir pas
fait la réforme des retraites. Mais il se reprend, prémonitoire
: " Si j'allais plus loin, je risquerais de tomber dans
l'autoflagellation et peut-être même d'éclater
en sanglots. " Une militante insiste : " Pourquoi
es-tu parti ? Es-tu revenu ? " Sa défaite dès
le premier tour, qu'il appelle " un arrêt du peuple
", fut pour lui un " choc puissant ", et s'il
a décidé de quitter la politique au soir du 21
avril, ce n'est " pas par orgueil " mais pour "
aller au bout du geste " des électeurs.
Et là, Jospin commet un de ces lapsus dont il a le secret.
" Je ne vous ai pas accompagnés, euh ! je ne vous
ai pas abandonnés, je vous ai accompagnés "
, dit- il, révélant l'émotion qui monte
en lui et qu'il tente de masquer en forçant maladroitement
la voix. " Vous avez vu beaucoup d'armées mener
une deuxième bataille avec un général vaincu
? J'ai pensé que si je prenais sur moi, symboliquement,
physiquement et tristement, le choc de cette défaite,
alors, peut- être, vos chances en étaient augmentées
dans la bataille des législatives, et non affaiblies.
" Des mots prononcés avec violence, bras levé,
voix cassée, larmes refoulées avec peine. Dans
la salle, qui applaudit à tout rompre, Martine Aubry
pleure, Bertrand Delanoë n'en est pas loin. Strauss- kahniens
et fabiusiens arrêtent de ricaner, comme sonnés
par cet exercice inattendu de politique-réalité.
Et, sur toutes les lèvres, une question : Jospin va-t-il
présenter sa candidature pour la présidentielle
de 2007 ? Dans son discours, il n'a donné aucune indication
en ce sens. Au contraire, il a même parlé de ses
" successeurs éventuels " au pouvoir. Son autocritique
est restée modeste. S'il n'a pas fait la réforme
des retraites, la faute, dit-il, en incombe au parti, qui l'en
a dissuadé. Et il n'en démord pas, c'est la division
de la gauche qui l'a tué. Certes, il reconnaît
désormais qu'il n'a pas fait une bonne campagne, qu'il
était " en pilotage automatique " et concède
des " erreurs d'expression " , lorsqu'il a dit par
exemple que son projet n'était pas socialiste. Mais il
continue de penser que sa défaite était une injustice.
" Vous pouvez agir pendant cinq ans, faire des choses formidables
et c'est sur un mot que vous êtes jugé ! ",
s'est-il lamenté.
Pour ses proches, pourtant, il a désormais " purgé
" la défaite. " Cela renforce la crédibilité
de son éventuelle candidature ", estime Jean Glavany.
Mais, concède Annick Lepetit, " c'est une condition
nécessaire mais pas suffisante " . Il ne faut plus
désormais le considérer comme un retraité.
Pour la première fois depuis 2002, hier, il était
d'ailleurs au premier rang pour écouter le discours de
clôture de François Hollande. Mais il a bien précisé
dès vendredi qu'il ne voulait pas être un candidat
de plus. Pour reconquérir les coeurs socialistes, il
faut encore qu'il efface l'image, qu'il a lui-même ressuscitée
assez maladroitement, du " général vaincu
".
Myriam LEVY
LE FIGARO
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