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MAJORITÉ Son inégibilité " purgée ", l'ancien Premier ministre veut récupérer la mairie de Bordeaux
Juppé reprend pied dans la vie politique

C'est le retour de l'enfant prodigue. Un retour que certains espèrent et que d'autres redoutent. En tentant de récupérer la mairie de Bordeaux, Alain Juppé reprendra pied dans la vie politique locale. Et l'événement alimente déjà les spéculations sur son destin national.


À moins d'un an de la présidentielle, celui que Jacques Chirac avait désigné comme " le meilleur d'entre nous ", observe la plus grande discrétion sur ses intentions. Alors que le président de la République avait un temps caressé l'espoir de le voir revenir au gouvernement, l'ancien Premier ministre lui a opposé une fin de non-recevoir. Son retour en politique ne peut passer que par Bordeaux. Il n'acceptera " aucun poste ministériel ", quel qu'il soit.
La priorité d'Alain Juppé est d'obtenir une forme d' " absolution " par le suffrage universel, après sa condamnation, en décembre 2004, à un an d'inéligibilité dans l'affaire des emplois fictifs du RPR. Lors du procès en première instance, en janvier 2004, il avait en effet été particulièrement blessé d'être accusé par la présidente du tribunal correctionnel de Nanterre d'avoir " trompé la confiance du peuple souverain ".
" Quitter sa ville, c'est ce qui lui a le plus arraché le cœur ", soulignent ses fidèles. Alain Juppé a donc choisi de reprendre son fauteuil de maire de Bordeaux, cette " belle endormie " qu'il a profondément contribué à réveiller. " Tant qu'il n'est pas passé par cette case, il ne peut pas envisager un destin national. Après on verra ", confie un juppéiste. À l'Élysée, on ne fait aucun commentaire officiel. " Je ne sais pas du tout ce qu'Alain a en tête, affirme un proche du président, mais je suis ravi de le voir revenir. "
Dans la majorité, l'ancien président de l'UMP occupe une place à part. " Quand le paysage politique est troublé, on entend une question récurrente ' qu'en pense Alain ?' ", commente un ancien conseiller, qui souligne que, pendant son exil canadien, Alain Juppé a été " très sollicité par les parlementaires et les ministres ". Il a gardé un contact permanent avec Jacques Chirac. Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy lui téléphonent. Jean-Pierre Raffarin, Philippe Douste-Blazy, ainsi que le président du groupe UMP à l'Assemblée Bernard Accoyer, accompagné de Philippe Briand, député d'Indre-et-Loire, lui ont rendu visite.
" Juppé est une référence, est-ce qu'il sera un enjeu ? "
Cette année au Québec a été " extrêmement favorable en termes d'épanouissement personnel " et a permis à Alain Juppé d' " enrichir sa réflexion en observant la société canadienne ", se félicite un fidèle qui le voit aujourd'hui " très apaisé, détendu, déterminé à défendre ses convictions ". " Juppé est une référence, est-ce qu'il sera un enjeu ? Il est encore trop tôt pour répondre ", ajoute-t-il.
Les juppéistes ralliés à Nicolas Sarkozy, comme Xavier Darcos et Éric Woerth, plaident pour un rapprochement avec le président de l'UMP. D'autres juppéistes l'affirment, il fera " le service minimum pour Nicolas ". " Alain soutiendra loyalement le candidat de sa famille politique ", nuance un fidèle, " mais en politique, il faut se méfier des jugements définitifs ".


LE FIGARO ®

 

Un retour annoncé


L'hiver dernier, Alain Juppé avait déclaré à plusieurs reprises qu'il reviendrait si les Bordelais lui lançaient " un appel ".
Début mai, alors qu'il était encore enseignant à l'École nationale d'administration publique de Montréal, il avait annoncé au quotidien québécois La Presse qu'il s'apprêtait à rentrer en France, en passant par la case Bordeaux. Ayant toujours affirmé que sa réhabilitation politique devait passer par le suffrage universel, il s'était réinscrit sur les listes électorales bordelaises en décembre dernier, au terme de son année d'inéligibilité. Le 19 mai, il était de passage à Bordeaux avec sa femme, Isabelle, pour inscrire leur fille, Clara, au collège Tivoli, et trouver un logement. C'est désormais chose faite : la famille Juppé va s'installer cours Marc-Nouaux, dans la résidence Allée Médicis, un ensemble neuf néo-classique sécurisé avec une grille d'accès. " Nous partons quelques jours dans l'Ouest canadien. Puis le déménagement... Nous reprendrons nos échanges en août, de Bordeaux ", confirmait-il dans son blog-notes du 2 juillet. Quant à Hugues Martin, qui a remplacé Alain Juppé comme premier édile, il devrait redevenir premier adjoint au maire et conserver son mandat de député jusqu'aux législatives de 2007. À cette échéance, Alain Juppé tentera aussi de revenir à l'Assemblée.

Les municipales de 2001

La liste Juppé avait été élue dès le premier tour, comme en 1995.
Liste Juppé (RPR) : 50,96 %
(50 élus)
Liste Savary (PS) : 19,99 %
(7 élus)
Liste Hurmic (Verts) : 9,59 %
(3 élus)
Liste Colombier (FN) : 5,04 %
(1 élu)
Six autres listes, totalisant 14,41 % des voix, n'avaient pas obtenu d'élus.

Philippe GOULLIAUD

 

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