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TENNIS Première victoire française à Wimbledon depuis Suzanne Lenglen il y a 81 ans

Mauresmo dans la légende

Les instants de victoire à Wimbledon sont comme des images fixées à jamais dans l'éternité. Il y a eu les chutes à genoux de Borg, l'escalade des gradins de Pat Cash pour aller y étreindre les siens, les sauts de cabri de Venus Williams et enfin le coup de fil de Maria Sharapova à sa mère. Maintenant, il y aura les gestes d'Amélie Mauresmo, gravés à leur tour dans l'histoire vivante et vibrante du plus prestigieux tournoi de la planète.

À genoux, la tête dans les mains, puis se glissant dans la foule et jouant les funambules jusqu'aux sièges où était installé son clan. La Française a laissé éclater sa joie, après avoir arraché en trois sets son premier triomphe dans le stade du All England Club et son deuxième titre du Grand Chelem de l'année.
Plus tôt dans l'après-midi, alors que Justine Henin-Hardenne venait de signer un lumineux premier set, les affaires de Mauresmo semblaient pourtant fort mal engagées. Mais d'une explosion d'agressivité au début du deuxième set qui a fait douter la Belge, jusqu'aux derniers jeux du match - où elle a servi avec autorité et sans trembler - la championne d'Australie a construit sa victoire dans la constance et la détermination (2-6, 6-3, 6-4). Son nom est désormais inscrit sur la fameuse assiette qu'elle a brandie haut dans le ciel de Londres, et plus personne ne viendra contester sa légitimité.
" Il fallait être capable d'aller le chercher, elle l'a fait, piaffe Nathalie Tauziat, dernière Française finaliste ici en 1998. Je l'ai rarement vue volleyer aussi bien. " " C'est difficile de mieux jouer qu'elle l'a fait, enchaîne Loïc Courteau, l'entraîneur comblé. Elle a un jeu tellement magnifique. "
" J'ai toujours dit qu'elle était costaud mentalement, insiste Xavier Moreau, son préparateur physique depuis 2003. Sa constance au plus haut niveau le prouve. Sans cela, ça fait longtemps qu'elle aurait plongé. " Pour celui qui l'a façonnée, la nouvelle championne de Wimbledon " est explosive et possède de grosses qualités de vitesse " . Qui s'expriment dans leur plénitude sur gazon, même si celui-ci est moins rapide que jadis à Wimbledon.
Mais alors que l'entourage de la joueuse se congratulait dans le jardin où les joueurs attendent leurs matchs et se reposent pendant le tournoi, la gagnante est arrivée entre deux interviews et cérémonies officielles, longue silhouette drapée dans un survêtement à la blancheur virginale. Pour chacun la joueuse a eu une accolade et quelques mots. Mais surtout, elle est tombée dans les bras de sa mère, y versant avec elle beaucoup de larmes. Un moment de forte émotion pour Amélie Mauresmo, qui a toujours eu tellement de difficultés à transformer l'orage qui bouillait dans sa tête en énergie positive sur le court.
Un peu plus tôt dans son discours-interview sur le court, elle avait eu ce trait d'humour pourtant significatif : " Je ne veux plus entendre parler de mes nerfs ! " Les spectateurs britanniques sont partis dans un bel éclat de rire et le lendemain, la presse d'Albion ne s'est pas montrée perfide. " Elle n'a pas craqué, Mauresmo est enfin une vraie championne " , juge The Independant. " Mauresmo franchit la dernière haie " , titre le Times. Alors que dès le jour du match, samedi 8 juillet, le Daily Express décrivait la numéro un mondiale comme un " Federer au féminin ".
Si la comparaison ne peut que flatter la Française, qui admire beaucoup sa contrepartie masculine, les mots de ses proches la toucheront certainement encore plus. " C'est une fille sensible, honnête et généreuse, vibre Alexia Dechaume. Elle n'a jamais triché ni avec elle-même ni avec les autres. " Outre la fierté nationale, la victoire d'Amélie transmet un très beau message à la jeunesse sportive et la jeunesse tout court : la vie sourit aux opiniâtres.

Cécile SOLER

 

" Je n'aurais jamais imaginé cela "

Deux heures après sa victoire, Amélie Mauresmo n'en a toujours pas fini avec ses obligations médiatiques. Affable et affamée, la Française croque avec enthousiasme dans une barre de chocolat puis se confie au " Figaro ". Pur moment d'émotion.


LE FIGARO. - Vous avez attendu 26 ans pour décrocher votre premier Grand Chelem et là vous en remportez deux dans l'année...
Amélie MAURESMO. -
C'est inouï, je sais. Je ne réalise pas. Je n'aurais jamais imaginé au début de cette année que ça allait se produire. C'est incroyable, je ne sais pas comment le dire. C'est un peu abstrait pour moi. C'est difficile de prendre du recul quand on est dans sa carrière, mais quand je me retournerai sur ce que j'ai fait dans quelque temps, je pense que je serai très très fière.

Quand vous êtes tombée à genoux sur le Central, c'était pour Wimbledon ou également pour l'Open d'Australie où vous aviez été privée de la balle de match (par l'abandon de Justine Henin) ?
Pour Wimbledon. On m'a demandé si ce qui c'était passé en Australie m'avait donné encore plus d'envie, mais ce n'est pas le cas. Et je crois qu'il ne fallait pas mettre d'énergie ailleurs que sur ce qui était important : aller vers l'avant, bien jouer tactiquement et surtout retourner la situation parce que Justine a joué un premier set extraordinaire. Concernant ce moment de la balle de match, j'ai toujours dit qu'il m'avait manqué en Australie, même si je considère, vu la façon dont j'ai joué à Melbourne, avoir remporté un vrai titre. Aujourd'hui, j'ai ressenti la même émotion extraordinaire que celle vécue à Los Angeles après mon succès au Masters.

Et le fait de retrouver Justine Henin-Hardenne ?
C'est marrant, parce que j'y pensais déjà dès les quarts de finale. Je savais que c'était possible et je sentais que l'on allait se jouer. Mais le reste, c'est pour la petite histoire.

Vous affirmez avoir toujours cru en vous dans les moments difficiles de votre carrière, sur quoi vous êtes-vous appuyée ?
On m'a souvent critiquée parce que mes émotions rentraient en jeu et qu'à certains moments je menais un match sans arriver à concrétiser. Ces émotions sont une chose, je pense qu'elles sont plus vives chez moi que chez d'autres personnes en général et d'autres joueurs et joueuses. Pour contrer cela, il m'a fallu beaucoup de force mentale. Ça m'arrivera encore, et c'est ainsi. Les choses ne sont pas vraiment linéaires et jamais acquises. Mais cette force de caractère-là, avec l'aide des personnes de mon entourage, a fait que j'ai continué. C'est aussi parce que le tennis, c'est ma passion. Je n'ai jamais envisagé d'arrêter ma carrière parce que je n'y arrivais pas. Et cette passion-là est encore plus présente qu'avant.

À une époque, vous aviez une préparatrice mentale en la personne d'Isabelle Inshauspé, qu'en est-il aujourd'hui ?
Nous avons travaillé ensemble pendant à peu près un an et demi. Je partais d'un peu loin et cela m'a beaucoup aidée à me connaître moi-même, ce qui est important quand on fait ce que je fais. Ensuite j'ai surtout évolué avec moi-même. En parlant également avec Loïc (Courteau, son entraîneur), qui est assez porté sur l'aspect psychologique et mental du tennis, sans rentrer trop en profondeur. Au fil de discussions, de prises de conscience, de réactions, tout cela s'est mis en place. Lentement, peut-être, mais le résultat est là.

Quand vous aviez du mal à réussir, certains joueurs ou joueuses sont-ils venus vous encourager ?
Pas vraiment. Mais ici après la demi-finale, Michael Stich, Goran Ivanisevic et John McEnroe sont venus me souhaiter bonne chance et me dire " tu joues bien, tu fais service-volée, c'est fabuleux ". McEnroe a ajouté : " Tu te rends compte, tu joues service-volée alors qu'aucun joueur ne le fait, c'est comme cela qu'il faut jouer sur herbe. "

Êtes-vous en train de construire une carrière à la Andre Agassi ?
J'espère avoir autant de titres que lui (8 du Grand Chelem) ! Sérieusement, on verra ce qui se produira. S'il y en a encore d'autres, ce sera fabuleux. S'il n'y en a plus, cela aura été de toute façon fabuleux et le reste sera bien également. Mais maintenant, c'est vraiment génial, surtout au niveau français. Je rentre dans l'histoire et cela me fait vraiment plaisir.

Vous souvenez-vous de la première fois où vous avez entendu parler de Suzanne Lenglen ?
Il y a très longtemps, parce que nous sommes toutes les deux de l'Oise. On m'a souvent - avec beaucoup de modestie, parce que je suis loin d'avoir son palmarès -comparée à elle. Surtout ici d'ailleurs, à cause du service-volée. Elle aimait bien venir vers l'avant et avait un tennis assez aérien. Quant à lui succéder, je ne l'imaginais vraiment pas.

Beaucoup de vos proches, dont votre mère pour la première fois, sont venus assister à cette finale, comment cela s'est-il décidé ?
C'était bien. Mes parents étaient venus ici il y a dix ans, quand j'avais gagné les juniors. Mon père était encore là. C'était donc encore plus émouvant que ma mère puisse assister à la victoire. J'avais peur que cela ne se passe pas très bien. Ils sont tous venus et ça s'est décidé naturellement.

Votre entourage loue régulièrement votre générosité, mais lorsqu'on leur demande des exemples, ils sont très gênés, pourriez-vous nous éclairer ?
(Rires.) J'aime bien partager avec eux. C'est difficile de parler de cela. S'ils me trouvent généreuse j'en suis heureuse parce que je pense que c'est une qualité essentielle dans la vie...

Propos recueillis par Cécile SOLER

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