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FOOTBALL Il a quitté la scène sur une 108 e sélection et une expulsion en finale de la Coupe du monde
Zidane, la triste fin d'un rêve en bleu

L'artiste au numéro 10, symbolique de la perfection en matière scolaire, s'en est allé avec la dignité et la modestie qui l'ont toujours caractérisé. La magistrale carrière de Zinédine Zidane a donc pris fin le soir du 9 juillet 2006 au terme de cent huit sélections et d'un itinéraire exceptionnel, presque insoupçonnable quand il prit sa source dans les quartiers nord de Marseille, à La Castellane.

Ce fils d'immigrés kabyles n'est pas encore " Zizou " mais " Yaz ", le diminutif de Yazid son deuxième prénom. Le gamin, talentueux, réalise ses premiers exploits à l'US Saint-Henri, proche de son quartier d'origine, avant de rejoindre le Sport olympique de Septèmes où il évolue jusqu'à l'âge de 14 ans. Il se souvient parfois avec nostalgie : " Si les terrains vagues ne m'avaient pas conduit à exercer ce métier, j'aurais été routier. " Il ne sera jamais camionneur mais voyagera en devenant globe-trotter, en empruntant d'abord la nationale 7, voisine, et gagner Aix-en-Provence, pour un stage de détection. Il y est remarqué par les recruteurs de l'AS Cannes. La légende est en marche car le surdoué n'échappe pas au flair du responsable du centre de formation, Guy Lacombe, ni à celui de l'entraîneur de l'équipe 1 re, Jean Fernandez. De 1988 à 1992, il y fera ses classes.
Le plus beaux frissons sur grand écran
À 16 ans et 11 mois, il effectue ses grands débuts pros le 20 mai 1989 contre ses futurs partenaires en bleu, les Canaris de Marcel Desailly et de Didier Deschamps pour un nul honorable (1-1). Contre les Nantais, le 8 février 1991, il signe son premier but en D 1. Alors, sonne l'heure du départ, avec des propositions de l'OM, mais c'est Bordeaux (1992-1996) qui rafle la mise.
En Gironde, Zizou n'a pas besoin de période d'adaptation, il se lie d'amitié avec Christophe Dugarry et Bixente Lizarazu. Avec le premier, il tient toujours un restaurant aux Quinconces. Le soir de la finale du 9 juillet, le grand écran y était dressé pour répercuter les plus beaux frissons.
Duga, Bixente et Zizou s'entendent comme larrons en foire et le prodige se révèle aux yeux de l'Europe lors de l'épopée des Girondins, battus en finale de la Coupe de l'UEFA 1996 par le Bayern Munich de Papin, après avoir évincé le grand Milan AC. La fin de la saison 1995-1996 s'achève dans la douleur avec un accident de la circulation qui semble compromettre son Euro 1996.
En Angleterre, il retrouve néanmoins les Bleus, intégrés à Bordeaux à la faveur d'un face-à-face avec la République tchèque. Sur les terrains britanniques, il assiste, diminué à l'élimination aux tirs aux buts des Bleus en demi-finale contre ces mêmes Tchèques. Zidane, alors chevelu, reconnaît : " Au départ je ne voulais pas du numéro 10 en équipe de France parce que mon numéro fétiche est le 7, celui que j'avais à Bordeaux mais le 7 était porté par un certain Didier Deschamps. " Après avoir franchi un nouveau degré à Bordeaux, il est transféré à la Juventus Turin (1996-2001) où il découvre Marcello Lippi, dont il partage vite la culture de la gagne. " Avant de croiser sa route je ne jouais que pour le plaisir du jeu, celui-ci s'est un peu évaporé pour laisser place à une boulimie de victoires." Avec Lippi retrouvé hier, il gagne trois scudetti mais perd ses deux premières finales de Ligue des champions, dont l'une contre le Real Madrid (0-1) avant de se réhabiliter le 12 juin 1998 en réalisant le doublé du bonheur.
Ce dieu vivant fait encore mieux, sur un plan collectif, à l'Euro 2000 avant de faire encore parler de lui en devenant le joueur le plus cher du monde quand le Real Madrid en 2001 débourse 75 millions d'euros pour le recruter. Avec le numéro 5 galactique sur le dos, il remporte des victoires de prestige, la Ligue des champions 2002, notamment, face à Leverkusen qu'il scelle d'un but magique.
Après les désillusions de 2002 et 2004, le retour du héros national sorti de sa retraite pour sauver la patrie est courageux. " Il faut gagner pour faire du bien autour de nous ", dit encore ce Zorro, revenu en sélection contre la Côte d'Ivoire battue 3-0, à la mi-août dernier. Mission accomplie mais ZZ veut gagner un combat encore plus difficile que le Mondial : " Il faut remporter le match face aux leucodystrophies dont soufrent des milliers d'enfants. " Toujours humain, l'homme déclenche le délire partout où il passe. " Zidane c'est le seul qui soit resté au top depuis dix ans. Pour moi, c'est le meilleur parce qu'il est excellent dans la durée ", s'exclame le roi Pelé. Un artiste d'exception nous a quittés. Ne soyons pas tristes, la France a eu la chance qu'il soit né sur son territoire un 23 juin 1973. Une autre date historique.

LE FIGARO ®

 

Un dernier trophée mais une ombre pour toujours

Zinédine Zidane quitte le football avec un dernier trophée au goût amer, le titre de meilleur joueur du Mondial-2006 : la sortie rêvée a viré au cauchemar, la France a raté un deuxième sacre mondial et l'étoile du capitaine des Bleus a singulièrement pâli.
La dernière image de Zidane le footballeur hantera longtemps les adorateurs du mythe "Zizou " : le leader de la génération dorée du football français, vainqueur du Mondial-1998 et de l'Euro-2000, est sorti par une porte dérobée après un coup de tête asséné dans la poitrine de l'Italien Marco Materazzi. Un geste inexcusable qui a choqué le monde entier, même si ce coup de folie a sans doute répondu à une provocation verbale.
Zidane expliquera " dans quelques jours " les raisons de son geste, a déclaré son agent Alain Migliaccio à la BBC, le lendemain de la finale.
Et même si Zidane est redevenu le temps d'un communiqué de la Fédération internationale de football (Fifa) le meilleur joueur de la XVIII e édition de la Coupe du monde, il a donné, le temps de la finale sur la pelouse du Stade Olympique de Berlin un condensé de sa carrière.
Ange et démon, il avait déjà revisité depuis son arrivée en Allemagne les plus belles mais aussi les plus terribles pages de sa vie de footballeur.
Il aura mis en vacances l'Espagne, son pays d'adoption depuis 2001, qui voulait le mettre en retraite. Il aura ébloui une dernière fois le monde par une prestation magique face au Brésil, pays aux " cinq étoiles " qui lui doit ses deux dernières défaites en Coupe du monde. Il aura réussi un penalty décisif contre le Portugal, comme il y a six ans lors de l'Euro-2000 où il avait alors livré son match le plus complet. Il s'offre même une " panenka" sur son penalty en finale de Coupe du monde contre l'Italie.
Et voilà que ses démons l'ont rattrapé à dix minutes de la fin de la prolongation en finale de cette Coupe du monde dont il avait tant rêvé. Démons qui lui avaient déjà valu une exclusion au Mondial-1998, pour avoir piétiné un Saoudien au premier tour. Et qui lui ont valu plus de dix exclusions dans sa carrière, en raison d'un tempérament sanguin parfois incontrôlable.
Aux yeux des journalistes chargés de décerner le titre de meilleur joueur du Mondial-2006, il a incontestablement réussi sa dernière Coupe du monde.
Jusqu'à dix minutes de la fin de la prolongation d'une finale de Coupe du monde et un dernier coup de sang plutôt que de génie.

 

 

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